EDITO – POSITIFS

Crises diverses et variées s’additionnent depuis deux ans de pandémie, intensifiant une sensation de fuite en avant. Mais ce qui semble nous échapper de plus en plus, n’est-ce pas le sentiment de réalité ?

À l’heure où une campagne présidentielle balance entre discours nauséabonds et confusion stérile, et où prolifèrent théories du complot, vérités alternatives ou fake news en tout genre, un sens du réel commun, partagé et source de débats, semble se perdre imperceptiblement. Le cinéma documentaire, nous voulons à nouveau l’affirmer à travers la programmation de cette 13ème édition, peut contribuer à redonner au réel sa complexité. En effet, il ne s’agit pas de jouer une réalité contre une autre mais bien plutôt d’offrir des points de vue sur ce que nous percevons, chacun.e à notre manière, de façon à ouvrir un espace de discussion, de débat, sur ce qui fonde et permet une expérience collective de notre monde.

De l’engagement militant dans un contexte révolutionnaire au Chili, ou à la frontière franco-italienne pour la défense des droits des migrant.e.s, à une libération de la parole sur le plaisir sexuel, ou encore sur l’amour dans des sociétés patriarcales dont les traditions pèsent sur les nouvelles générations, et à des portraits sans concession de jeunes gens qui cherchent leur place dans ce monde, les quinze premières œuvres que nous sommes heureux de présenter à notre public radiographient les structures et les rouages de systèmes sociaux qui apparaissent comme grippés à de nombreux endroits. Jusqu’où la loi est-elle acceptable quand elle considère la solidarité comme un délit ? L’institution scolaire française permet-elle encore de s’émanciper ? Que reste-il de l’héritage des luttes syndicales ?

Les formes proposées sont au diapason du renouvellement contemporain de l’art documentaire, notamment dans leur hybridité entre cinéma direct et mise en scène. Les outils de la fiction viennent souvent renforcer le propos documentaire, en permettant au spectateur d’entrer dans l’imaginaire ou les projections des personnages. Cette belle fraternité entre fiction et documentaire est aussi mise en avant dans le travail de notre invitée d’honneur, Ève Duchemin. Cette cinéaste filme des personnages en marge, portés par un désir de liberté et d’indépendance dans des sociétés inégalitaires. Sa méthode se fonde sur la relation avec celles et ceux qu’elle filme, sur le temps long, qui permet de faire affleurer les paradoxes et les aspérités de leurs parcours de vie. L’énergie, l’obstination, la persévérance de ses protagonistes nous communiquent une force salvatrice. La filmographie de la cinéaste entremêle documentaire et fiction, un genre nourrissant l’autre. C’est en effet à partir de son dernier documentaire qu’elle se lance dans la réalisation de son premier long-métrage de fiction, qui sortira en 2022. Nous aurons l’occasion de revenir sur son parcours à travers les différents rendez-vous consacrés à son œuvre.

Nous sommes bienheureux de vous retrouver en salles, et malgré la pandémie, restons positifs !

Le gang de La Première Fois

 

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