Retour sur festival #1

ITW des réalisateurs qui sont passés par « La Première Fois »
Nous voulons laisser une trace des films qui sont passés sur les écrans de notre festival « La Première Fois ». Avec un élève de seconde option cinéma audiovisuel, nous avons revu les films, discuté et élaboré des questions que nous avons soumis aux réalisateurs.
Régulièrement, nous publierons sur ce blog ces correspondances autour des films de l’édition 2014.

Premier volet
Tu vas mourir (c’est pas grave) de Rémi Pinaud et Sebastien Beverel 27′, 2013, La Luna, France

Résumé / Au cours du printemps 2011 et après six mois d’une existence éphémère, le squat du château d’Albatar est sur le point de fermer ses portes. Ses occupants, sous le coup d’un avis d’expulsion, vivent leurs derniers moments dans une insouciance apparente.

ACTUALITÉ DES RÉALISATEURS
Remi : Je viens de passer 6 mois au Brésil a travailler sur l’écriture d’un court métrage de fiction, qui met en relation l’Organisation de la Coupe du Monde au Brésil et ses conséquences sur les populations les plus démunies, au travers de l’histoire d’une famille vivant dans les rues de Sao Paulo, luttant pour pouvoir sauvegarder la maison de fortune qu’ils ont construit eux même, dans la rue. Pour ce projet, je viens de lancer une campagne sur une plate-forme de financement participatif (Kiss Kiss Bank Bank) avec laquelle j’espère pouvoir collecter le budget dont j’ai besoin pour faire le film. Vous pouvez d’ailleurs soutenir le projet ici:

http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/o-cafofo

Je travaille également sur un projet de court métrage de danse, entre fiction et expérimentale, avec le chorégraphe Gaetan Brun Picard, pour lequel nous sommes en train de sélectionner les danseurs au travers d’ateliers de danse que nous organisons a Berlin et en Islande.

Sebastien : Je travaille actuellement sur un projet de long métrage dans une initiative de réalisation collective. Il pourrait s’agir d’une suite de TVM (Tu Vas Mourir) mais le travail de repérage que nous poursuivons dans le cadre de l’écriture scénaristique de ce film dresse une liste d’enjeux sociaux qui se révèle nettement plus profondément. Ce travail de recherche intensif au cœur des squats parisiens permet, a posteriori, une lecture différente de TVM.
Ce même collectif d’auteur travaille parallèlement à la réalisation de différents projets documentaires dans un format d’expression libre proche des nouvelles écritures, à l’image d’un mini doc sur le thème de la maladie de la gale qui a été diffusé récemment sur France 2 dans le cadre du concours « Infracourts » organisé par la rédaction d’Infrarouge.
Nous préparons le tournage d’un film hommage à Jean Rouch ainsi qu’un format allongé sur le phénomène naissant de l’épidémie de gale en France, destiné à la TV.

1° Le film s’attache plus à l’insouciance des personnages qu’à la situation de l’expulsion. Est-ce que c’est ce que vous avez ressenti sur place, ou est-ce ce qui vous intéressait?

Remi : Ce film a été conçu de manière assez particulière. En effet, nous avons découvert le lieu et ses personnages en arrivant sur place, le jour du tournage. Nous ne connaissions qu’Anais et nous ne savions pas avec qui elle habitait, et dans quel état d’esprit les habitants du squat aller se trouver. Nous avons assez rapidement capté cette insouciance, et avons petit a petit focalisé notre attention sur ce sentiment, en ne portant qu’un intérêt secondaire a la situation de l’expulsion, même si elle était quand même importante, pour pouvoir comprendre les enjeux de cette insouciance.

Sebastien : La situation de l’expulsion est présente : quand Loris mentionne la procédure judiciaire dans laquelle il est impliqué dans le cadre d’une nouvelle tentative d’ouverture, lorsqu’ Anaïs s’angoisse de la présence de Momo « qui ne prend pas ses cachetons », des vols à répercussion et jusque dans la gestuelle rythmée des percussions de l’escalier musical. Une réalité précaire se dessine, pour autant la façade insouciante d’Anaïs révèle une double lecture : il faut à la fois cerner cet aspect caractéristique de sa personnalité et son influence sur le petit groupe de résident qui demeure dans le bâtiment, et à la fois savoir déceler une pratique de la résignation face à une situation inéluctable (cf : la fin de la scène de la salle de bain).

2° L’insouciance n’est elle pas une position politique, comme le souligne le titre?

Remi :  »L’insouciance n’est elle pas une position politique, comme le souligne le titre?’
Je pense que le fait de vivre dans un squat, avec les risques que cela peut représenter, est une position politique, qui peut effectivement reposer sur de l’insouciance, mais également sur le fait d’assumer de se mettre en marge de la société, qui est une position active, souciante justement de la précarité d’une telle situation.

Sebastien : La résignation comme arme dans le combat politique : « Tu vas mourir (c’est pas grave) » , c’est le quotidien des squatteurs qui révèle un cycle permanent, à travers le rythme des ouvertures, les procédures d’expulsion, les fermetures de bâtiment et les réouvertures ainsi que l’acceptation de ce rythme imposé.
Le titre renvoi à une symbolique forte qui revendique la mort comme terreau de la vie à venir. Il évoque un caractère universel.

3° Il y a clairement un aspect fictionel dans le film, dans l’esthétique choisie, dans les rapports intimes aux personnages, dans la façon de se mettre en scène et de jouer leurs propres rôles. Comment les avez-vous approchés? Quelles ont été les étapes pour arriver à ce résultat?

Remi : Le cote fictionnel vient surtout de notre manière de travailler, notamment le dispositif a deux cameras en champ-contre champ, beaucoup plus utilise dans la fiction que dans le documentaire. Aussi, notre approche est de capter le réel, des scènes de vie, et de laisser seulement l’action raconter l’histoire, en n’utilisant ni voix off, ni interview des personnages face camera etc. Nous avons tourné ce documentaire comme s’il s’agissait d’un film de fiction.

Sebastien : Dans un processus assez naturel, et avec l’accord des personnes qui évoluaient dans l’environnement direct d’Anaïs nous avons filmé ce qui se passait quand nous étions présents dans le lieu. Chacun des occupants était averti de la raison de notre présence et à accepté, ou pas, de jouer le jeu. Adopter une posture circonspecte à été la base diplomatique qui a permis notre travail de captation.

4° La musique participe énormément à cette impression de temps suspendu avant l’expulsion. Quelle importance lui donnez-vous dans le film?
Les réalisateurs : Il y a deux aspects du traitement musical dans TVM, dans un premier temps, avec une approche de la pratique comme élément essentiel du quotidien des squateurs, puis dans un second temps, dans un emploi illustratif qui renforce l’aspect latent qui précède l’expulsion, en effet.
L’un caractérise l’environnement de notre sujet et l’autre amène un élément de perception complémentaire à l’image filmique dans le processus narratif.